dimanche 1 novembre 2015

La chute de l'Empire romain - Friedrich Nietzsche


L'Empire romain [était] la plus grandiose forme d'organisation, sous des conditions difficiles, qui ait jamais été atteinte, tellement grandiose que, comparé à elle, tout ce qui l'a précédé et tout ce qui l'a suivi n'a été que dilettantisme, chose imparfaite et gâchée, — ces saints anarchistes [les juifs et les chrétiens] se sont fait une « piété » de détruire « le monde » c'est-à-dire l'Empire romain, jusqu'à ce qu'il n'en restât plus pierre sur pierre …

L'Empire romain que nous connaissons, que l'histoire de la province romaine enseigne toujours davantage à connaître, cette admirable œuvre d'art de grand style, était un commencement, son édifice était calculé pour être démontré par des milliers d'années, — jamais jusqu'à maintenant on n'a construit ainsi, jamais on n'a même rêvé de construire, en une égale mesure, sub specie æterni !

Saint Paul, la haine de Tchândâla contre Rome, contre le « monde » devenu chair, devenu génie, saint Paul le juif, le juif errant par excellence ! Ce qu'il devina, c'était comment on pourrait  allumer  un  incendie  universel  avec  l'aide  du  petit  mouvement  sectaire  des chrétiens, à l'écart du judaïsme, comment, à l'aide du symbole « Dieu sur la Croix », on pourrait réunir en une puissance énorme tout ce qui était bas et secrètement insurgé, tout l'héritage des menées anarchistes de l'Empire …

Psychologiquement parlant, le peuple juif est un peuple de la plus tenace force vitale. Transporté dans des conditions impossibles, il prend parti, librement, par une profonde intelligence de conservation, pour tous les instincts de décadence, non pas puisqu’il était dominé par eux, mais puisqu’il devinait en eux une puissance qui pouvait le faire aboutir contre le « monde ». Les juifs sont l’opposé de tous les décadents : ils ont dû les représenter jusqu’à l’illusion, ils ont su se mettre à la tête de tous les mouvements de décadence, avec un nec plus ultra du génie de comédien (christianisme de saint Paul), pour en créer quelque chose qui fut plus fort que tout le parti affirmant la vie. Pour la catégorie d’hommes qui, dans le judaïsme et dans le christianisme, aspirent à la puissance pour la catégorie sacerdotale, la décadence n’est qu’un moyen : ces hommes ont un intérêt vital à rendre l’humanité malade et à renverser dans un sens dangereux et calomniateur, la notion de « bien » et de « mal », de « vrai » et de « faux ».

Le christianisme a été le vampire de l'Empire romain …

On appelle le christianisme religion de la pitié. — La pitié est en opposition avec les affections toniques qui élèvent l’énergie du sens vital : elle agit d’une façon dépressive. On  perd  de  la  force  quand  on  compatit. Par la pitié s’augmente et se multiplie la déperdition de force que la souffrance déjà apporte à la vie. La souffrance elle-même devient contagieuse par la pitié ; dans certains cas, elle peut amener une déperdition totale de vitalité et d’énergie, perte absurde, quand on la compare à la petitesse de la cause (— le cas de la mort du Nazaréen). Voici le premier point de vue ; pourtant il en existe un plus important encore. En admettant que l’on mesure la pitié d’après la valeur des réactions qu’elle a coutume de faire naître, son caractère de danger vital apparaîtra plus clairement encore. La pitié entrave en somme la loi de l’évolution qui est celle de la sélection.

L’Antéchrist de Friedrich Nietzsche : https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Ant%C3%A9christ_%28Nietzsche%29

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