dimanche 1 novembre 2015

La Créativité de Ben Klassen - N. Goodrick-Clarke

Ben Klassen (1918-1993).


L'église du Créateur (COTC) a été fondée en 1973 par  Ben Klassen , un riche promoteur immobilier, dans le  but de promouvoir la Créativité, nouvelle religion vouée à la résurrection et à la rédemption de la race blanche. L'idée d'une religion raciale fut l'apogée de l'odyssée de Klassen  dans l'extrême droite américaine, à la recherche de solutions pour la maladie de la nation. Né le 7 février  1918 dans une grande communauté  rurale  Mennonite germanophone d'Ukraine, Klassen a passé ses premières années dans un pays ravagé par la révolution, la guerre civile et  la famine déclenchées par les bolcheviques.

 Les parents de Ben Klassen.

En juin 1924, la famille décida  d'émigrer, s'installant  d'abord  à  Mexico avant d'emménager à Saskatchewan, Canada, en décembre 1925, un choix dicté par les restrictions relatives à l'immigration aux États-Unis. Durant sa jeunesse,  les sympathies de Klassen  allaient déjà à l'Allemagne. Il lut Mein Kampf de Hitler en 1938, et voulut aller faire des études d'ingénieur à Heidelberg. Cependant, lorsque la guerre éclata, il s'inscrit à l'université de Saskatoon et y étudia de 1939 à 1943. Après avoir émigré aux États-Unis en 1945, il fit fortune en inventant un ouvre-boite électrique et fonda des sociétés immobilières en Californie, au Nevada et en Floride.

L'ouvre-boite éléctrique mural qui fera sa fortune. 

Après guerre, les premiers frémissements de la conscience politique de Klassen furent déclenchées par la campagne mennée en  1943-1954 par Joseph McCarthy  pour démasquer les communistes présents dans le gouvernement. À la fin  des années 1950 et au début des années 1960, une série affaire éveilla Klassen à propos des dangers  représentés par le mouvement des droits civils et raviva son souvenir du credo racial de Hitler. En 1963, en Floride, Klassen rejoignit une cellule locale de la John Birch Society. D'abord impressionné par le constat selon lequel le communisme était en train d'infiltrer l'Occident, Kassen remarqua bientôt que les questions des juifs et des races étaient taboues dans la John Birch Society.

 Ben Klassen et son épouse en voyage de noces à Hawaï.
  
En novembre 1966, il fut élu à la Chambre des représentants de l'état de Floride, sous la bannière républicaine, mais il se rendit compte que ses préoccupations concernant le problème juif et son opposition au mouvement des droits civils déclenchaient la colère de la presse et lui valaient des critiques d'autres membres de la John Birch Society. L'année suivante, après avoir perdu son siège, il tint un rôle de premier plan dans la campagne pour l'élection de George Wallace à la présidence des Etats-Unis, avec un programme ségrégationniste.

À plusieurs reprises, Klassen fut  déçu que personne ne prenne  en compte son point de vue politique selon lequel les juifs, plutôt que les communistes ou les libéraux, étaient à la base de la conspiration visant à détruire les États-Unis. Certains responsables de la John Birch Society étaient d'accord avec lui en privé, mais pensaient qu'un antisémitisme affiché mènerait l'organisation à sa perte. Après avoir regardé du côté du Ku Klux Klan, du National Socialist White People’s Party de Matt Koehl, du mouvement de Gerald L. K. Smith, et du National States Right Party, Klassen fonda son propre Nationalist White Party (NWP) en novembre 1970. À l'origine, il définissait son  parti patriotique comme un mouvement du « peuple chrétien blanc qui a conquis l'Amérique et n'a pas l'intention d'être relégué à une citoyenneté de seconde classe. » Les 14 points du programme du NWP, littéralement décrit comme un « credo », affirment que la race blanche fut créée à l'image du Seigneur, et qu'elle est sa plus noble et sa plus haute création. Cependant, la race blanche est désormais en danger de mort, « abâtardie et soumise par une conspiration mond1ale diabolique », comme en témoignent le Talmud JUif, les Protocoles des Sages de Sion, et le Manifeste du parti communiste de Karl Marx.

À l'évidence. Le programme devait beaucoup à la lecture que fit Klassen de The International Jew de Henry Ford :

Depuis l'aube de l'histoire, le juif est un parasite suceur de sang sur le dos du peuple blanc, œuvrant pour l'effondrement et la destruction de toute la civilisation bâtie par l'homme blanc. La race  blanche est désormais le peuple le  plus persécuté, abusé, pillé et maltraité de la surface de la  planète. Le peuple blanc américain, qui n'a jamais connu de défaite militaire, a été forcé par le gouvernement contrôlé par les juifs perfides, sous prétexte d'aide étrangère, de sécurité sociale, et d'autres supercheries, à payer un plus grand tribut aux races hostiles de couleur, dans notre pays comme à l'étranger, que tous les peuples vaincus en ont jamais payé à leurs conquérants. L'homme blanc a perdu le contrôle de son pays, de son gouvernement, de ses écoles et de son argent.

Ce discours classique sur la conspiration juive mondiale était remis à jour avec l'affirmation selon laquelle les juifs exploitaient les gens de couleur [les races de boue] pour saper les  américains  blancs, notamment par le biais du mouvement pour les droits civiques et du niveau élevé de l'immigration :

Depuis que les Noirs africains ont  été amenés en Amérique comme  esclaves, principalement par des marchands d'esclaves juifs, ils sont un sérieux problème pour l'Amérique blanche, un cancer en notre sein, grandement aggravé par la  volonté juive d'abâtardir la race blanche. Leur présence en Amérique est une grave menace pour la survie même de la race blanche. Si les choses contnuent, à la fin du siècle, l'Amérique sera un ramassis de racaille bâtarde, réduite à un tel  niveau de dégradation que notre civilisation  blanche s'effondrera. Nous sommes déterminés à ce que cela n'arrive pas à la plus belle et à la plus noble création de Dieu : la race blanche.

La première préoccupation de Klassen fut l'opposition des « chrétiens blancs » envers les juifs et le mouvement pour les droits civiques, mais il identifia bientôt le christianisme comme la plus grande partie du problème. Dans sa correspondance avec des soutiens potentiels du NWP, il notait que les chrétiens hésitaient à critiquer les juifs en raison de leur héritage religieux commun.  Bientôt, Klassen alla plus loin et  rejeta complètement le christianisme. Il considérait le Sermon sur la montagne du Christ, avec ses enseignements tels que « Ne Juge pas - Aime tes ennemis - Tend l'autre joue - Vends tous tes biens et donne les aux pauvres » (Matthieu, 5 7), comme des conseils suicidaires concoctés par les juifs pour nuire  aux gentils. En accusant les juifs de se servir du  christianisme pour détruire l'esprit et la civilisation de Rome, Klassen donnait une version […] antisémite de la critique des effets du christianisme sur l'Empire romain écrite par Evola. En ignorant sa dimension transcendantale, Klassen impute au christianisme une idéologie antinaturelle qui a toujours affaibli les peuples européens en les empêchant d'agir efficacement dans un monde naturellement compétitif. Klassen décida donc que la race blanche avait besoin « d'une nouvelle religion  basée sur les concepts de préservation de la race blanche, et non d'une reprise de vieilles coutumes juives. » Ce genre de « judaïsme aryen » [la Créativité s'adresse à tous les Blancs - nordiques ou non] pour le bénéfice exclusif de la race blanche devait agir comme un contrepoids à l'identité tribale et à la puissante influence des juifs dans les sociétés qui les accueillaient.

En conséquence, Klassen fonda l'Église du Créateur le 16 août 1973, a Lighthouse Point, Floride.  Il  avait déjà publié Nature’s Eternal Religion (1973), le premier texte de sa religion de la créativité basée sur des idées darwiniste de sélection naturelle et d'évolution. Pour Klassen, la nature obéit aux lois de la survie du plus apte. En divisant constamment les espèces en sous-espèces et en encourageant leur compétition, elle cherche à perfectionner et à créer des espèces supérieures, tandis que les espèces inférieures déclinent  et s'éteignent. Comme la race blanche est […] le couronnement de la  création de la nature, la créativité avance un schéma éthique dans lequel tout ce qui est  bon pour la race blanche procède de la plus haute vertu, et tout ce qui est  mauvais procède du péché ultlme. Comme dans les premiers mythes aryens, la créativité avance que la race blanche  est la seule ayant donné naissance à une civilisation et à une culture dignes de ce nom dans l'histoire de l'humanité, tandis que les juifs ont toujours agi comme leurs ennemis mortels en se comportant comme des parasites des sociétes blanthes. Klassen considère les civilisations égyptienne et aryenne-hindoue comme de fières créations de la race blanche. Leur déclin dans le chaos multiracial est un sort qui attend les Etats-Unis, à moins qu'ils résistent en adoptant sa nouvelle religion raciale.

 Le Créateur de notre sainte religion raciale était doté 
d'une intelligence remarquable (QI de 140).

En fait, Klassen déifie la race blanche (toujours en majuscules dans ses écrits) en laquelle il voit le couronnement de la création. Le logo de la COTC comporte la lettre “W”, symbolisant la  race blanche (“white”), surmontée d'une couronne symbolisant sa place dans la nature, le tout surmonté d'un halo pour signifier son statut sacré. Son destin est de se répandre et de repeupler le monde entier tout en faisant diminuer le nombre et les territoires de ses ennemis - les races de couleur [les races de boue] inférieures et improductives. Klassen n'a que du mépris pour les Noirs, qu'il considère comme paresseux et stupides. Le Noir africain, affirme-t-il, n'a rien inventé, n'a domestiqué aucun animal, n'a jamais mis au point un langage écrit. Les médias  contrôlés par les juifs développent la conscience raciale noire tout en prêchant la fraternité aux Blancs. Le sous-développement des Noirs dans la société americaine moderne est constamment contré par les médias juifs qui appellent à plus d'égalité, le tout renforcé par la discrimination positive. Klassen fait remarquer que depuis les école  sont devenues des fovers de crimes, de bagarres au couteau, d'agressions et d'anarchie. Les juifs dirigent le mouvement pour les droits civils dans le but de promouvoir les mariages interraciaux; ils considèrent l'abâtardissement de la race blanche comme une étape cruciale vers la domination juive de l'humanité.

Régulièrement, Klassen rend hommage à Adolf Hitler, « le plus grand leader que la  race blanche ait jamais produit ». Klassen croit en l'importance de Hitler pour la race blanche, car il a presque réussi à détruire la conspiration juive. Mais Il distingue tout de même la créativité du national-socialisme. Il voit le nationalisme et le pangermanisme comme des diviseurs de la race blanche, alors que la créativité doit embrasser tous les Blancs. Klassen croit également que la situation dans l'Amérique contemporaine est bien différente de celle de l'Allemagne de Weimar. Le développement des minorités de couleur [les races de boue], le crime, les charges sociales et l'intégration raciale exigent une nouvelle religion centrée sur le  Volk [peuple] blanc, plutôt que sur une idéologie politique. Klassen replace la question de la race dans un contexte global. Il rappelle qu'en 1920, la race blanche représentait la moitié de la population mondiale. En 1973, elle en représentait un septième, et les Nations unies prévoyaient que 20 ans plus lard, il y aurait un Blanc sur quarante neuf personnes. Klassen fait appel à une vision dramatique du futur, ou les races de couleur [les races de boue], « excitées et contrôlées par les juifs », auront suffisamment de moyens physiques pour massacrer la race blanche sur son propre territoire.

Au début des années 1980, Klassen a publié son deuxième texte sur la créativité, The White Man’s Bible (1981), et un livre sur la santé, Salubrious Living (1982), co-écrit avec Arnold DeVries. Dès 1974, Klassen avait pensé créer un centre mondial pour la COTC. dégouté par l'immigration croissante de Cubains, d'Haïtiens et de réfugiés d'Amérique Latine en floride, tout comme par le développement des populations noires et juive, Klassen décida d'acheter un terrain en Caroline du Nord. Le 10 mars 1982, le nouveau centre de la COTC était fondé dans une vallée des Blue Ridge Mountains, près d'Otto, à quelques kilomètres au nord de la frontière avec la Georgie. Klassen célébrait la conquête de l'Ouest américaine et ses valeurs novatrices de colonisation blanche, et l'assujettissement des Indiens d'Amérique, avec une construction en bois reflétant le style architectural des vietlles villes du Colorado, de l'Arizona et de la Californie. Avec différents éditeurs, il publia un périodique, Racial Loyalty, un tabloïde populiste incendiaire qui attirait des groupes de skinheads urbains vers la COTC, avec sa rhétorique de violence raciale contre les races « de boue »  qui colonisaient rapidement les villes américaines. Se qualifiant Pontifex Maximus de son église, Klassen chercha à recruter des pasteurs pour la COTC au niveau national. Des branches de la  COTC furent encouragées à répandre l'évangile racial par la distribution de tracts et l'organisation de marches. Une “Opération skinheads” [après 1986] fut spécialement montée pour attirer des jeunes Blancs et les impliquer dans son défi lancé aux groupes ethniques des villes américaines. Une branche de la COTC fut initiée en Afrique du Sud pout tenter de conjurer la loi de la majorité noire .

On constate une nette radicalisation de 
Ben Klassen après 1986.

Utilisant le terme de “Rahowa” (RAcial HOly WAr) comme cri de bataille de la COTC et de son combat pour la domination blanche  mondiale,  la  vision apocalyptique de Klassen est manifeste dans son livre Rahowa! This Planet Is Ours :

RAHOWA ! Ce mot résume le but et le programme non seulement de l'Église du Créateur, mais aussi de toute la race blanche : nous relevons le défi. Nous préparons la guerre totale contre les juifs et toutes les  races de boue du monde - politiquement, militairement, financièrement, moralement et religieusement. C'est une guerre sainte - une guerre sainte raciale. Rahowa ! est INÉVITABLE. C'est l'ultime et l'unique solution.

Soleil Noir - Nicholas Goodrick-Clarke : http://www.histoireebook.com/index.php?post/Goodrick-Clarke-Nicholas-Soleil-noir

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