dimanche 13 mars 2016

L’écureuil roux menacé de disparition par une espèce asiatique


Il est l'un des rares spécialistes français des écureuils, sinon le seul. Ce jeudi soir, Jean-Louis Chapuis n'est pourtant pas dans son laboratoire, au Muséum national d'histoire naturelle de Paris, mais à Entressen (Bouches-du-Rhône), face à quelques dizaines d'habitants inquiets. "Nos beaux écureuils roux sont menacés, il faut trouver une solution", lance, en préambule, Michèle Wormes, une élue du hameau. Un problème, et surtout une solution délicate, que le chercheur est venu exposer aux riverains.

La présence d'une espèce exotique envahissante, appelée écureuil de Pallas, a été signalée pour la première fois à Entressen en 2014. La population estimée à près de 300 individus n'aurait, au premier abord, pas de quoi inquiéter, et pourtant. "Mais quand on commence à observer les dégâts qu'elle cause, c'est trop tard", explique Jean-Louis Chapuis qui estime qu'à Entressen, "il n'est peut-être pas encore trop tard pour agir", en l'éradiquant.

Car l'écureuil de Pallas, une espèce originaire d'Asie du Sud-Est, peut se multiplier presque sans limite, au détriment de l'écureuil roux, qui pourrait ainsi disparaître assez rapidement. "Chez l'écureuil roux, les femelles cessent de se reproduire lorsque la population devient trop importante. Mais l'écureuil de Pallas n'a pas ce mécanisme d'autorégulation et il s'accapare la nourriture", poursuit le chercheur, observant que, "partout où cette espèce a été introduite, elle pose des problèmes écologiques, économiques et parfois même sanitaires". Les écureuils s'attaquent aux arbres fruitiers, aux récoltes, aux tours des fenêtres des habitations, et même aux câbles téléphoniques. "Le roux a un impact faible, car il est présent en faible densité, mais l'écureuil de Pallas peut faire des dégâts très importants", résume Jean-Louis Chapuis.

Toujours introduit par l'homme, le plus souvent par accident, l'écureuil de Pallas n'a pour l'heure été observé en France qu'à deux endroits : dans la région de Vallauris (Alpes-Maritimes), où il fait déjà l'objet d'un plan de lutte, et à Entressen, où l'intervention vient tout juste de débuter, avec l'aval du ministère de l'Ecologie.C'était tout l'objet de la réunion publique organisée jeudi. "Malheureusement, il faudra effectuer des 'prélèvements' - c'est le terme scientifique - ce n'est pas une opération sympathique, mais il faut le faire", regrette Jean-Louis Chapuis, précisant que l'objectif premier est de sauver l'écureuil roux, naturellement présent ici.

 Plusieurs propriétaires terriens ont déjà été contactés par les services de l'État ou les agents municipaux engagés dans cette opération, strictement contrôlée. Les "prélèvements" seront effectués par piégeage ou par tir, dans les zones rurales. "Mais il est hors de question d'obliger les propriétaires à accepter des gens chez eux, ce sont eux qui choisiront la personne", parmi celles, formées spécialement et habilitées par l'Office national de la chasse et de la Faune sauvage. "Plus on agit tôt, plus on a de chances de réussir",souligne le chercheur, invitant les habitants à aider les opérateurs. Notamment en signalant la présence d'écureuils de Pallas sur un site internet, d'où il sera également possible de suivre le déroulement de l'opération. "Notre objectif, c'est d'être très transparent", insiste Jean-Louis Chapuis.

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