samedi 16 avril 2016

Chasse aux Blancs à Mayotte


Il y a douze jours, quand Jean s'est envolé du Pays bigouden avec son fils pour passer des vacances à Mayotte, il ne pensait pas devoir y séjourner cloîtré dans la maison de sa cousine Léa, « expatriée » bretonne, là-bas, depuis deux ans. « L'île est totalement bloquée et on est dans un climat proche de la guerre civile. Il y a deux nuits, 85 voitures ont été incendiées pas loin d'ici, des bandes de jeunes mènent des attaques avec des tronçonneuses ! C'est comme une guérilla urbaine ! », explique le Breton joint mercredi soir par téléphone.

Les scènes de ces derniers jours la marquent : « Des blindés de la gendarmerie traversent le village, un hélicoptère tourne en permanence avec des projecteurs la nuit et lance des bombonnes lacrymogènes pour faire fuir les groupes de délinquants. L'autre jour, une chasse aux « n'zungus » (ndlr, les blancs) a été lancée par des jeunes. On n'ose plus sortir pour aller au travail. Mes enfants sont déscolarisés depuis le début des événements, on croule sous les immondices parce que le ramassage d'ordures ne se fait plus, des magasins sont pillés, les rayons se vident, il n'y a plus de frais... Je vis dans l'angoisse de ne plus avoir à manger pour mes enfants... ».

Pour la Bretonne, la situation à Mayotte est critique depuis septembre dernier : « En plus de la crise économique, il y a des dissensions ethniques, des guerres de villages et de quartiers... ». Dans la nuit de lundi à mardi, en effet, de violents affrontements ont opposé des bandes rivales des villages de Doujani et Cavani. Des bandes constituées de jeunes mineurs livrés à eux-mêmes.

À Mayotte, près de la moitié de la population a moins de 18 ans et... 6.000 mineurs vivent seuls et sans toit. Avec un fléau : « la chimique ». « C'est une drogue de synthèse qu'ils fabriquent eux-mêmes à partir de je ne sais pas trop quoi... Ça les désinhibe complètement. Ils deviennent fous ! », raconte Léa qui dénonce l'insécurité grandissante sur l'île : « Les agressions, les viols... Ça a augmenté de 50 % en 2015. Un élève a été assassiné, il y a un mois, dans un collège, tué par d'autres élèves. Chez moi, j'ai des alarmes partout, un chien, un gardien... »


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