samedi 30 avril 2016

Henry de Lesquen : « J’ai bousillé leur stage de citoyenneté »


Henry de Lesquen dans Libération :

C’est donc vrai qu’on ne peut plus rien dire. Voulez-vous débattre des mérites de la «musique nègre» ou de l’actualité de la «lutte des races» ? La justice vous envoie, un matin de mars 2016, au Mémorial de la Shoah pour deux jours de «stage de citoyenneté». Cette mésaventure est celle d’Henry de Lesquen, 67 ans, ci-devant vicomte, énarque, polytechnicien, président de l'ultradroitière Radio Courtoisie et du tout aussi droitier think tank «Carrefour de l’Horloge». Candidat déclaré, enfin, à la prochaine présidentielle, bien que l’annonce semble avoir échappé à l’attention du public.

Inconnu du plus grand nombre, l’homme est pourtant une figure de son camp, c’est-à-dire de cette extrême droite à qui la «dédiabolisation» ne dit rien qui vaille. Dans le Front national mariniste, Lesquen ne voit qu’un «lupanar pédérastique», dirigé par une «femme de gauche» qui «s’éclate en écoutant de la musique nègre en boîte de nuit». Depuis octobre 2014, le vicomte est inscrit sur Twitter : un moyen comme un autre de diffuser cette pensée délicate où il est question de promouvoir la «conscience de race», de combattre la «religion de la Shoah», de supprimer le code du travail et de privatiser l’Education nationale. Martelées sur un ton pointilleux, ces outrances font sourire ceux qui ne prennent pas le personnage trop au sérieux. Elles sont aussi une sorte de bénédiction pour le FN, qui a beau jeu de désigner en Lesquen et ses semblables la «seule» extrême droite.

Moins joueuse, la Licra a quant à elle signalé certains écrits, et Henry de Lesquen a été convoqué par la police. «C’était surréaliste, se plaint l’intéressé, accent guindé et chevalière au doigt. On m’a demandé comment je définissais les races humaines ou si j’avais conscience de "choquer" certaines personnes. Cela s’est terminé par un rappel à la loi et deux jours au Mémorial de la Shoah, où on nous a fait entendre des tas de sottises avant de nous demander ce que nous en pensions.»

Outre ses visiteurs habituels, l’institution accueille en effet des «stages de citoyenneté». «C’est une démarche volontaire des participants, insiste Jacques Fredj, le directeur du Mémorial. La justice propose cela comme alternative à une peine normale. On travaille avec des groupes d’une quinzaine de personnes maximum, qui sont confrontées à des archives et à des témoignages de rescapés. L’objectif est qu’elles disent ce qu’elles ont sur le cœur pour que l’on puisse réfléchir ensemble à partir de là.»

De ce point de vue au moins, Henry de Lesquen aura joué le jeu. «J’ai bousillé leur stage», jubile-t-il, assurant avoir porté haut la bannière de l’inégalité des races. «On a parfois des gens qui campent sur leurs positions, soupire Jacques Fredj. Tellement, d’ailleurs, qu’ils peuvent jouer un rôle de repoussoir pour les autres.» Des camarades de stage dont Lesquen se souvient bien : «Un petit congoïde qui avait traité quelqu’un de sale juif, une dame qui en avait fait autant avec son dentiste, un jeune Mauritien pro-palestinien qui avait tweeté que les juifs rançonnent le peuple français…».

Sorti de ces deux jours comme il y était entré, Lesquen a participé quelques semaines plus tard au banquet de l’hebdomadaire Rivarol ...

source : http://www.liberation.fr/france/2016/04/26/henry-de-lesquen-au-nom-de-la-race_1448723

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