dimanche 10 avril 2016

Lyon a célébré sa première messe islamo-chrétienne

Barbarin était présent.


Quatre cents chrétiens et musulmans ont prié avec Marie, lundi 4 avril, jour de la fête de l’Annonciation. Une première interreligieuse, inspirée de l’expérience libanaise.

Une cloche bourdonne. Puis le muezzin de la Grande Mosquée de Lyon appelle à son tour à la prière. On récite ensuite un Notre Père. Avant la Fatiha, la profession de foi musulmane. En français, et en arabe, langue qui résonne si souvent entre les murs de l’église Notre-Dame-du-Liban.

La première « fête islamo-chrétienne » lyonnaise ne pouvait se tenir qu’ici, dans la paroisse maronite de Lyon. Depuis 2010, le jour de l’Annonciation est devenu fête nationale chômée au pays du Cèdre. À cette occasion, chrétiens et musulmans sont invités à prier ensemble Marie.

Un contexte « sombre »

Comme, lundi soir, à Lyon. Enfin, souffle Bruno Guiderdoni. « Le contexte est sombre, pose le vice-président de l’Institut français de civilisation musulmane de Lyon. Voilà de trop longs mois que l’on décortique ce qui sépare chrétiens et musulmans, apportant toujours plus de complexité au débat. Il nous faut aussi parvenir à nous taire, et à nous élever. En partageant un temps de prière. Sans confrontation, ni débat théologique. La figure de Marie nous permet cela. »

Prier ensemble Marie, « voilà du concret », salue Annick, elle aussi lasse « des discours ». « Avec Jésus, c’est plus délicat », glisse cette quinquagénaire, ce qui fait sourire son amie musulmane Linda, assise à ses côtés. Travailleuses sociales, les deux femmes ont commencé à s’apprécier professionnellement. Puis elles ont discuté du sens du jeûne, lors du Carême.

« Nous n’avions pas parlé religion auparavant, même si nous sentions que c’était important pour l’une et pour l’autre », poursuit Annick. « Qui détient la vérité par rapport au message divin ? Cette question bloque la discussion entre chrétiens et musulmans, prolonge Linda. Il y a toujours une peur de” se faire convertir”. »


La figure de Marie au centre du dialogue

C’est notamment la figure de Marie qui leur a permis de « franchir l’infranchissable », résume Linda. Les deux femmes se sont échangé livres et DVD sur « Notre-Dame ». « Et nous avons pu mesurer à quel point la figure de Marie présente plus de similitudes que de différences entre nous », relève Linda (lire La Croix du 2 avril).

Linda met en avant ces similitudes auprès d’autres connaissances chrétiennes, « surprises que les musulmans parlent d’elle avec tant d’amour ». Tout comme avec les musulmans qu’elle croise lors des temps de prière à la mosquée, ou à la maison. « Il y a beaucoup d’idées reçues chez les jeunes, regrette-t-elle. Alors il m’arrive parfois de leur parler de ce que représente Marie pour les chrétiens. Et, là, je les vois tendre l’oreille. »

« Qui mieux que Marie pour nous rassembler, souligne également Kamel Kabtane. Nous avons un urgent besoin de rappeler que nous partageons un patrimoine spirituel commun », insiste le recteur de la Grande Mosquée de Lyon, l’une des nombreuses personnalités présentes lundi soir, aux côtés du cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, du P. Vincent Feroldi, directeur du Service national pour les relations avec les musulmans, ou d’Anouar Kbibech, président du Conseil français du culte musulman.

Surveillance de la police

Cette soirée de prière, dont le projet est né il y a un an, s’est déroulée sous la surveillance de la police. Seuls 400 invités ont pu y accéder, pour moitié chrétiens, pour moitié musulmans. « C’est une première pour nous, relève Michel Younès, délégué épiscopal pour les relations avec les musulmans. Notre souhait est de renouveler ces moments de rencontre spirituelle, dans le respect des traditions de chacun. Et qu’ils s’inscrivent dans la durée, comme à Beyrouth. »


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