lundi 26 février 2018

Jean Guarrigues : "Le métissage a fait l'Histoire de France"


LA REPUBLIQUE DU CENTRE - Jean Garrigues, historien, universitaire à Orléans, répond à trois questions sur la polémique raciste concernant les origines béninoises et polonaises de Mathilde Edey Gamassou, qui symbolise Jeanne d'Arc aux Fêtes johanniques du 8 mai. 

Les identitaires s'appuient sur le fait que Jeanne d'Arc a bouté les Anglais hors de France pour prôner une France "pure" (les étrangers dehors). Que leur répondez-vous en tant qu'historien ?

C’est un anachronisme total. On se souvient que c’est l’évêque Cauchon, qui n’était pas Anglais, qui a fait brûler Jeanne d’Arc. Le combat qu’elle menait se situait dans un contexte géopolitique qui était celui du Moyen âge et qui était totalement différent, dans lequel le concept de nation tel qu'on le connaît aujourd'hui n'existait pas sous cette forme : il n'y avait pas l'État nation de France. Combattre les Anglais n’avait pas du tout la même signification qu'aujourd'hui lorsqu’un conflit éclate entre deux Etats nation. [Que veut-il dire ? Il y avait un royaume de France en conflit avec un royaume étranger. L'Angleterre existait. Les sujets du roi d'Angleterre existaient. Et dire que ce Jean Guarrigues exerce la profession d'historien, c'est incroyable !]

Ce qui compte dans l'image de Jeanne d'Arc, c'est justement cette image de rassemblement, d'énergie, de renouveau. C'est d'autant plus intéressant de choisir une figure de métissage car c'est ce message d'ouverture et de rassemblement qui est la base de l'appropriation républicaine du mythe de Jeanne d'Arc. [Ce Jean Guarrigues pue la franc-maçonnerie à des kilomètres !]

Il est étonnant que ce type de propos racistes puisse avoir lieu en 2018 : il n'est pas anormal de choisir dans la France métissée l'une de ces jeunes représentations de Jeanne d'Arc. Le métissage a fait l'Histoire de France. Avec ce que les historiens ont expliqué de ce métissage,  avec le succès de la publication de "L'histoire mondiale de la France" de Patrick Boucheron, ce type de combat apparaît comme un combat de retardement. [On comprend que cet enjuivé soit régulièrement invité sur les plateaux télé pour apporter ses commentaires]

 Jean Guarrigues, n'oubliez jamais ce nom.

Est-ce que dénoncer ce racisme, c'est prendre le risque de mettre en lumière la fachosphère et, par conséquent, de propager les idées racistes ?

 Je n'ai pas véritablement de réponse. Il faudrait avoir des instruments statistiques pour voir ce qu'a représenté réellement cette fachosphère. C'est très difficile de savoir s'il ne faudrait pas mieux, dans le tourbillon médiatique qui est le nôtre,  laisser ce type de prise de parole mourir de sa belle mort. C'est toute la perversion des réseaux sociaux : bien souvent, les prises de parole extrêmes ne représentent qu'une toute petite minorité mais elles sont extrêmement présentes sur les réseaux sociaux. Il y a un décalage entre ce qu'elles représentent et leur surreprésentation sur les réseaux sociaux.

Et, en même temps, c'est compliqué de laisser passer ce genre de comportements car ils apparaissent tellement en contradiction avec les nécessités de ce que doit être, aujourd'hui, la reconstruction d'un espace collectif, que l'on appelle le vivre ensemble.

Il y a ces deux impulsions contradictoires et j'avoue que je n'arrive pas à savoir ce qu'il en est. Je sais qu'en tant qu'historien, instinctivement, on est porté à réagir parce qu'il y a, là, une falsification de l'Histoire, de la mythologie républicaine et une contradiction avec l'esprit même de ce que sont les fêtes johanniques. C'est en cela qu'il m'apparaît nécessaire de réagir. [Représenter Jeanne d'Arc sous la forme d'une femme de Race Blanche est une falsification de l'Histoire ?!!]

Est-ce qu'un tel combat peut remobiliser à gauche et rassembler les républicains dans leur ensemble ? 

Oui, ça peut être un moment de mobilisation mais je ne sais pas si ça aura des répercussions politiques durables, en réalité, même si les Fêtes johanniques sont un moment important pour la vie politique régionale et locale. Je rappelle que c'est en 2016,  aux fêtes d'Orléans, qu'a été véritablement lancée la campagne présidentielle d'Emmanuel Macron. Cet événement a joué un rôle local et national très important car c'est dans l'utilisation du mythe de Jeanne d'Arc qu'Emmanuel Macron légitimait son propre parcours.

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